Les 6 grands chantiers de Mounir Mahjoubi, le nouveau Secrétaire d’État au Numérique

Les 6 grands chantiers de Mounir Mahjoubi, le nouveau Secrétaire d’État au Numérique


Quasi-inconnu du grand public avant sa nomination dans le gouvernement d’Edouard Philippe, Mounir Mahjoubi suit un parcours remarquable et iconoclaste. Sa connaissance étroite du réseau de start-up françaises devrait être un atout clé pour mener à bien les grandes réformes du numérique attendue pendant le quinquennat.

Il est né en 1984 dans le XIIe arrondissement de Paris, d’un père ouvrier et d’une mère aide-soignante originaires du Maroc. Rien qui ne le destine à s’enticher des nouvelles technologies. Et c’est pourtant tout le contraire qui se produit. A treize ans, Mounir Mahjoubi remporte le concours du jeune inventeur Sciences & Vie Junior et rejoint trois ans plus tard le centre d’appel du fournisseur d’accès Club Internet (il y restera sept ans) en parallèle d’une préparation au bac scientifique. Nous sommes en l’an 2000 et le web se démocratise alors à toute vitesse.

Niveau professionnel, après un double master en droit des affaires et en finance et stratégie, Mounir Mahjoubi connait le parcours d’un entrepreneur type : d’abord ponctué d’échecs relatifs avant de connaître le succès avec La Ruche qui dit Oui !, une plateforme e-commerce permettant aux producteurs bios de vendre leurs produits en ligne. Par sa jeunesse, sa connaissance des enjeux digitaux et son indiscutable habileté à discourir (il a remporté le concours d’éloquence de SciencesPo), il gagne progressivement l’attention des secteurs publics et privés et est nommé en février 2016 à la tête du Conseil National du Numérique, instance chargée de conseiller le gouvernement dans ses orientations liées au digital.

En février 2017, le trentenaire se range aux côtés d’Emmanuel Macron après avoir soutenu le candidat Hollande cinq ans plus tôt. Grand bien pour lui, il est nommé en mai dernier Secrétaire d’État au Numérique.  Un secrétariat qui pour la première fois n’est plus placé sous l’égide du Ministère de l’Economie mais directement celle du Premier Ministre. La raison ? Le numérique est un sujet qui traverse toute la société et ne peut se cantonner à un ministère spécifique. Conforté par sa victoire aux législative dans la 16e circonscription de Paris, Mounir Mahjoubi bénéficie d’un poste au périmètre d’action élargi et transversal pour imposer une méthode et des réformes profondes. Et s’il n’a pour l’instant pas explicité de calendrier ni de moyens concrets, quelques grands chantiers se dessinent déjà devant lui.

Mounir_Mahjoubi

  1. Engager la transformation numérique de l’Etat

C’est la priorité de Mounir Mahjoubi. Son objectif ? Que les démarches administratives puissent être intégralement réalisables en ligne. Si aucune échéance n’a pour l’instant été fixée, il s’agit d’un enjeu avoué de productivité, d’efficacité mais aussi de satisfaction des usagers particuliers et professionnels. Mais au-delà, l’ambition de l’e-administration est d’offrir une relation personnalisée des administrés avec un Etat devenu « plateforme » dont les certains lots de données seraient accessibles. Un modèle qui pose beaucoup d’interrogations quant aux moyens de sa mise en place d’autant que les administrations concernées s’annoncent pour la plupart rétives à ce grand chambardement.

  1. Poursuivre la transition numérique des TPE/PME

Pour l’instant, seul 66% des TPE/PME françaises disposent d’un site Internet tandis que la moyenne européenne atteint les 75% – et même les 95% en Finlande. Un retard aux conséquences lourdes pour la croissance nationale. En début d’année, le Rapport Deloitte signalait que seulement 2 PME sur 8 avaient un site e-commerce quand, dans le même temps, 7 français sur 10 achetaient sur Internet. Résultat : les consommateurs français étaient 6 fois plus susceptibles que les consommateurs allemands de se tourner vers l’importation de produits étrangers lors d’un achat en ligne. Pour encourager les TPE et les PME françaises à intégrer le numérique dans leurs pratiques, le gouvernement devra se montrer pédagogue et dispenser un véritable savoir-faire technique aux entreprises.

  1. Développer l’intelligence artificielle

Voilà un dossier pas du tout (ou sinon très peu) évoqué pendant la présidentielle. Pourtant Christophe Sirugue, prédécesseur de Mounir Mahjoubi au poste de Secrétaire d’Etat au Numérique, en avait fait un levier fort de croissance économique en préconisant un investissement à hauteur de 1,5 milliards d’euros dans ce domaine. L’IA, une innovation technologique capable néanmoins d’irriguer le commerce, les organisations publiques ou encore le social et l’éducation. Mounir Mahjoubi s’est déjà engagé à « donner une réalité » aux propositions avancées par le rapport sur l’intelligence artificielle de France IA.

  1. Améliorer la cyberdéfense et la cybersécurité

Le 15 mai dernier sur la chaîne FranceInfo, Mounir Mahjoubi déclarait vouloir faire de la cyberdéfense et de la cybersécurité « une priorité de notre sécurité nationale ». Un enjeu de taille au regard des récentes attaques qui ont paralysé plusieurs grandes entreprises françaises parmi lesquelles Renaud ou Saint-Gobain avec un coût non-négligeable pour l’économie nationale. L’Agence nationale des sécurités des systèmes d’information (Anssi) offre déjà à l’Etat l’une des protections les plus sûres au monde. Reste à développer des offres de cybersécurité privées encore trop peu nombreuses pour protéger les entreprises et les particuliers.

  1. Réguler les GAFA

En marge d’une visite à la BPI France le 18 mai dernier, Mounir Mahjoubi s’en était directement pris aux GAFA. « Les grandes plateformes de l’Internet mondial doivent payer un impôt juste et équilibré en Europe qui les mettra au même niveau que les acteurs nationaux », avait-il déclaré. Une façon de déclarer la guerre à l’optimisation fiscale (des montages financiers complexes pour réduire drastiquement les impôts à payer) que pratiquent impunément Google, Facebook, Apple ou encore Amazon. Déjà pendant sa campagne Emmanuel Macron avait soumis l’idée d’une taxe sur le chiffre d’affaires des acteurs du numérique. Un projet qui, par son ampleur, devrait néanmoins se mettre en place à l’échelle européenne et non nationale. Il faudra alors convaincre les 27 membres de l’Union d’appliquer pareille taxe. Un dossier épineux à suivre…

  1. Faire croître le nombre de start-up en France et attirer les start-up étrangères

Si les promesses d’un apport de 10 milliards d’euros dans la BPI, le « droit à l’erreur » administrative ou les mesures fiscales visant à encourager l’investissement tiennent essentiellement du Ministère de l’Economie, la nomination d’un « geek » bénéficiant déjà d’une large expérience au sein du milieu start-up est un signal positif envoyé à tous les créateurs d’entreprise et investisseurs. Par son expérience et son éloquence, Mounir Mahjoubi sera un ambassadeur clé dans les mois à venir pour encourager à la prise de risques ces milieux souvent déçus par l’action gouvernementale.

Mais aussi…

Le nouveau Secrétaire d’Etat au Numérique devra également poursuivre l’accélération du très haut débit en France ainsi que les discussions sur le marché unique du numérique européen. En définitive, ce sont de nombreux sujets liés étroitement les uns aux autres qui attendent Mounir Mahjoubi dans les mois à venir. Son plan d’action devrait se détailler au fur-et-à-mesure avec certainement de nouveaux chantiers à prendre en considération.

 


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