Elon Musk ou la manufacture de l’impossible

Elon Musk ou la manufacture de l’impossible


(Temps de lecture : 8 minutes)

Tribune de Eric Dupin, Fondateur et CEO de Presse-citron

« Si vous vous levez le matin et que vous pensez que le futur sera meilleur alors ça sera une bonne journée. Si ce n’est pas le cas, alors ça ne sera pas une bonne journée »

On a tout dit sur Elon Musk, le stratosphérique patron de Tesla Motors Co, de SpaceX et accessoirement l’inventeur d’Hyperloop. Mégalo, bourreau de travail, visionnaire, génie, exigeant jusqu’à être invivable avec ses proches collaborateurs, victime de harcèlement à la petite école en raison sa petite taille et de son jeune âge (*), il aurait même inspiré le réalisateur d’Iron Man pour le personnage de Tony Stark.

Bref, un monstre. Le genre de gars qui de son vivant sait déjà qu’il restera très longtemps dans les livres d’histoire, ce qui ne doit pas être extrêmement désagréable comme sensation quand on se rase le matin. Un de ces hommes pour qui l’idée de « changer le monde » n’est pas un concept creux servi à des actionnaires entre un tableau Excel et une présentation PowerPoint, puisque justement son métier, c’est un peu de le faire au quotidien. Changer le monde, et même le sauver, tant qu’à faire.

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Étonnamment, si Musk est une star un peu partout dans l’univers doré de la haute technologie et plus précisément dans la Silicon Valley, il semblerait qu’il soit un peu moins connu par chez nous que, disons, Cyril Hanouna. Certes, tout le monde ou presque connait désormais Tesla, surtout depuis que la marque a commencé à ouvrir des concessions et des Superchargers en Europe, mais si on s’amusait à faire un micro-trottoir de notoriété spontanée, comme disent les publicitaires, pas sûr que le nom de Musk évoquerait grand-chose au commun des mortels.

Cela dit, au-delà du charisme et du CV déjà très fourni du monsieur, et des nombreuses biographies qui fleurissent à son sujet sur les internets, le personnage peut inspirer quelques réflexions que je livre à votre sagacité.

Elon Musk n’est pas né américain

Et non. Contrairement à ce que son parcours, son profil et sa résidence à Los Angeles pourraient laisser penser, Elon Musk n’est pas un pur produit de la machine à fabriquer des génies de la tech californienne. Elon Musk est un immigré, comme les patrons de Google ou de WhatsApp, entre autres, à cette différence près que lui n’est pas originaire d’Europe de l’Est. Né en 1971 à Pretoria et donc de nationalité sud-africaine, il a été naturalisé américain en 2002, à l’âge de 31 ans, ce qui est assez tardif dans une vie. Anecdotique ? Je ne le pense pas.

Il est fort à parier que ce statut et ses origines ont contribué à en faire quelqu’un de spécial, avec cette vision du monde non US-centrée, tout en étant imprégné d’un pragmatisme et d’un sens du marketing pour le coup très américains. Le meilleur de deux mondes ? Not the average american guy en tout cas. C’est certainement ce qui en fait un industriel pas comme les autres, dont le flair dans le business et la réussite ne peuvent être dissociés d’une ambition de rendre le monde plus respirable en rendant la voiture électrique désirable ou de l’élargir en colonisant Mars. Ce qui nous amène naturellement au point numéro 2.

Elon Musk a rendu la voiture électrique désirable

On ne va pas se mentir : avant Tesla, les voitures électriques ou hybrides étaient moches comme des poux galeux. La plupart le sont encore, d’ailleurs. Puis Musk (qui n’est pas le fondateur de Tesla) est arrivé et a pensé ce que la plupart d’entre nous avons aussi pensé : « Pourquoi les voitures électriques sont-elles aussi moches et lentes ? Est-il écrit quelque-part que l’écologie soit à ce point aussi peu attirante ? Pourquoi rouler électrique serait-il une punition ou une contrainte ? »

Mais voyez-vous, la différence entre un garçon de la trempe de Musk et le commun des mortels, c’est que lui n’accepte pas ce qui parait être une évidence acquise comme une fatalité. Il a une vision : si je fais une bagnole électrique qui a les performances d’une Porsche et le look d’une Jaguar, c’est bingo. Et en plus je contribue à sauver le monde du fatal réchauffement climatique. Et l’autre différence avec nous, c’est que lui, il l’a fait. Bon d’accord il avait quelques milliards à la banque suite à la vente à eBay de sa pépite précédente Paypal (qui entre nous représente encore près de 50% des profits d’eBay), mais à ce niveau il n’est même pas certain que ce soit une question d’argent. Ou pas seulement. On pourrait paraphraser cette fameuse citation en la modifiant un peu : « il savait que c’était impossible, alors il l’a fait ». Je crois que c’est une des plus fortes leçons de détermination, et de vie, qui puisse nous être donnée.

 

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Elon Musk est le premier VRP de Tesla

Avez-vous remarqué que l’on ne voit jamais de publicité Tesla ? Et que Tesla n’est sponsor de rien ? Vous avez bien vu : ça n’existe tout simplement pas. Car comme toutes les marques à la puissance phénoménale, Tesla génère chez les consommateurs un désir et une fascination tels que la maison peut faire l’impasse sur les procédés de promotions traditionnels. Et cela avec un produit qui n’existait pas il y a seulement 10 ans. Mieux : à ce niveau d’attractivité, faire de la publicité dégraderait certainement l’image de la marque. Et ça marche : allez donc faire un tour dans un salon automobile et essayez d’approcher le stand Tesla.

Au dernier Salon de Genève, lors de la première présentation mondiale de la Tesla Model X, la queue des badauds (dont probablement quelques futurs clients) était tellement imposante qu’il fallait prendre un ticket et patienter près d’une heure pour pouvoir toucher la bête. A ce niveau, qui a besoin de s’encombrer de publicitaires ? Le premier commercial et publicitaire de Tesla, c’est Elon Musk lui-même. Il lui suffit parfois d’un seul tweet bien senti pour enflammer le public, les médias et le marché.

Regardez le nombre de commandes du Model 3 : près de 500.000 précommandes (avec acompte de 1000 dollars) en quelques semaines pour réserver l’achat d’une voiture dont on ne connait ni les caractéristiques précises ni le tarif final, et dont on n’a qu’une vague idée du design, vu à travers de (mauvaises) esquisses en 3D, et dont on ne connait même pas la date de commercialisation. Je sais de quoi je parle, je fais partie des 500.000 qui ont passé commande. Et si j’ai bien reçu par courrier postal une belle enveloppe avec un mot gentil du VRP Elon quelques mois après ma commande, je ne sais même pas quand ma voiture me sera livrée. Mais bon j’ai un mot du patron, une enveloppe siglée Tesla et un dessin de la Model  3, et ça cela vaut de l’or.

Un sacré bon commercial, ce Elon.

Elon Musk vend de la performance automobile à un public qui n’aime plus l’automobile

Ce n’est pas le moindre des paradoxes de la communication Tesla (celle des communiqués de presse et du blog officiel de la marque puisque je rappelle qu’elle ne fait pas de publicité) : en même temps qu’on développe les modes autonomes, vanter les accélérations démoniaques de ses voitures auprès d’un public pour lequel très majoritairement  la notion de performance automobile est dépassée et souvent synonyme de pollution et de blingbling. Et là encore, ça marche. Regardez les blogs automobiles, regardez Facebook, regardez YouTube : pas un jour ne passe sans que vous tombiez sur une démonstration de force d’une Tesla en mode Ludicrous qui humilie une Lamborghini ou ridiculise une BMW entre deux feux rouges.

On ne se refait pas : on est en recherche de sens, en quête de comportements vertueux, on loue les vertus des véhicules à émission zéro, on veut sauver le monde et débarrasser la planète des grosses cylindrées appartenant à un passé macho et révolu, et pourtant on ne peut s’empêcher de se laisser griser par une bonne poussée d’adrénaline. Et pour satisfaire ce besoin primaire on n’a encore rien trouvé de mieux qu’une bonne bagnole pleine de chevaux qui vous déboite les cervicales au moindre effleurement de la pédale de gaz. Pardon de watts.

Cela aussi Elon Musk l’a bien compris. Il parle à notre conscience écologique, mais aussi à l’enfant qui est en nous. Vavavoum.

Elon Musk fait du neuf avec du vieux

Bien sûr il y a SpaceX et ce vieux fantasme humain d’aller visiter Mars et de s’y installer. Ce que Musk nous promet pour 2020, c’est-à-dire demain. Quitte à faire exploser quelques bombes nucléaires aux pôles de la planète rouge pour parait-il rendre son atmosphère respirable par nous autres pauvres humains.

Mais je crois que je suis encore davantage fasciné par le projet Hyperloop que porte également Elon Musk, ce projet fou, mais déjà validé par de premiers tests dans un désert de l’ouest américain, qui consiste en substance à bâtir un grand tuyau entre Los Angeles et San Francisco pour y loger des rames de navettes terrestres qui circuleront sous vide en sustentation sur coussin d’air dans un champ électromagnétique. L’absence de frottement et la propulsion à énergie solaire permettraient aux capsules de se déplacer à 1200 km/h, soit plus vite qu’un avion de ligne, ce qui mettrait les deux métropoles californiennes à moins d’une heure l’une de l’autre de centre à centre.

Un projet extraordinaire, dont je pense sérieusement qu’il sera mené a bout (et peut-être plus rapidement que nous le croyons), mais dont la paternité ne revient pas à Elon Musk. Les plus anciens – comprenez ceux qui ont plus de 35 ans – se souviendront peut-être de ce projet en tous points identiques qui avait émergé dans les années 80/90, le Planetran, qui décrivait déjà ce métro du futur, mais cette fois entre New York et Los Angeles. Ce projet de « Vactrain » (pour Vacuum Train, ou Train Aspiré en français) n’était pas le seul en lice : on peut citer aussi le Swissmetro, parmi de nombreux autres.  Tous ont été abandonnés.

La différence ? Elon Musk s’est emparé du projet pour le faire revivre, et croyez-moi, lui il n’abandonnera pas. Contre vents et marées, contre l’avis de tous les experts (ou pseudo-experts) scientifiques qui prétendent le truc impossible pour d’innombrables raisons techniques, contre les trolls, contre les casseurs d’espoir. Il va le faire parce qu’il s’appelle Elon Musk, et parce-que ce n’est pas un malheureux boyau de 800 kilomètres à bâtir en plein terrain sismique qui va briser son rêve. Et le nôtre.

Observer, voir grand, ne pas accepter de limites, prendre le contrepied de l’évidence (voiture électrique = voiture moche était une évidence) et combattre les idées reçues, font certainement partie des ingrédients qui forgent le caractère des hommes comme Elon Musk. Ajoutez à cela un soupçon d’ambition personnelle et une bonne dose d’ego, et vous êtes paré pour changer le monde.

Chiche ?

(*) c’est public et ce sont sa maman et sa première épouse qui le disent !

 


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  • Yoni L.

    Elon musk est juste un model mais doit être une catastrophe sur le plan privé, à sa décharge on ne peut pas exceller partout et pas facile de se faire comprendre quand on à 3 coups d’avance, lui il a l’avantage de pouvoir nous montrer pour se faire comprendre! Merci pour cet article