IA : « guerre mondiale » ou « amélioration spectaculaire » du quotidien ?

IA : « guerre mondiale » ou « amélioration spectaculaire » du quotidien ?


L’Intelligence artificielle (IA) fascine. Elle impressionne. Elle dérange aussi, parfois. Elle promet monts et merveilles, tout en suscitant quelques craintes, forcément légitimes. La preuve ? Les personnalités les plus variées et différentes, de Vladimir Poutine à Elon Musk, en passant par Mark Zuckerberg et Bill Gates, se sont écharpées sur le sujet ces dernières semaines. Retour sur la « guerre des intelligences »… qui se limite, pour l’instant, à quelques déclarations dans des revues spécialisées !

Terminator, version 2017 ?

Dans le film Terminator, sorti en 1984, le héros Kyle Reese expliquait à Sarah Connor, cible d’une machine douée d’intelligence venue l’exterminer, combien leur combat était décidément bien mal engagé : « Terminator est là, dehors. On ne peut pas raisonner avec lui, ni trouver d’arrangement… Il ne connaît pas la pitié, ni les remords, ni la peur et rien au monde ne peut l’arrêter, personne. Il est ici pour te tuer. »

Un peu plus de 30 ans plus tard, doit-on s’inquiéter des capacités de destruction acquises par l’Intelligence artificielle ? L’IA est-elle la future « arme ultime », à laquelle se soumettront toutes les nations du monde ? Selon le président russe, Vladimir Poutine, la réponse à ces questions semble plus que positive.

« L’intelligence artificielle, c’est l’avenir, non seulement pour la Russie, mais pour toute l’humanité, assurait ainsi en septembre Vladimir Poutine, devant des étudiants. L’IA apportera des opportunités colossales mais aussi des menaces difficiles à prédire. Celui qui deviendra le leader dans ce domaine, qui qu’il soit, sera le maître du monde. (…) [En effet], quand les drones d’un camp seront détruits par ceux de l’autre camp, le premier camp n’aura d’autre choix que de se rendre. »

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Une troisième guerre mondiale pour Musk

Le pessimisme de Vladimir Poutine peut paraître extrême. Le président russe assurait néanmoins que si son pays devenait leader de ce secteur, il serait prêt à partager l’ensemble de son savoir-faire avec le monde entier. Dans l’idée, sans doute, d’aboutir au même « équilibre » généré par la bombe atomique, chaque pays étant sûr de sa force mais ne souhaitant pas provoquer sa propre destruction en étant le premier à utiliser une telle arme sur un adversaire. Une version 4.0 de la dissuasion militaire, donc. « Il serait très regrettable que quelqu’un occupe une position de monopole dans ce domaine », assurait ainsi Poutine.

L’opinion de Poutine faisait en tout cas écho aux déclarations du fondateur de SpaceX, Elon Musk, datées du début de l’année 2017. Avec une centaine de dirigeants d’entreprises spécialisées dans la robotique et l’intelligence artificielle, le dirigeant de Tesla mettait ainsi en garde les Nations unies : « L’introduction de technologies autonomes et létales pourrait mener à une troisième révolution dans le domaine de la guerre. » Musk demandait par conséquent à l’ONU d’interdire toute recherche liant IA et armement.

Pire, après les déclarations de Vladimir Poutine, Elon Musk a de nouveau tiré la sonnette d’alarme, via son compte Twitter d’abord : « La Chine, la Russie et bientôt d’autres pays sont très impliqués dans les sciences informatiques. La compétition pour atteindre une supériorité nationale en matière d’Intelligence artificielle sera, selon moi, sans doute la cause d’une troisième guerre mondiale. » Puis, durant une conférence donnée devant des gouverneurs américains : « Je continue à tirer la sonnette d’alarme, mais jusqu’à ce que les gens voient des robots descendre dans la rue en tuant des gens, ils ne savent pas comment réagir, parce que cela semble trop irréel… »

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Des propos « irresponsables » pour Mark Zuckerberg

Fort heureusement, les propos alarmistes, tenus ou rédigés par Elon Musk, ne font pas l’unanimité. Ils paraissent même contradictoires : Elon Musk ne dirige-t-il pas, après tout, un Think Tank dédié à l’Intelligence artificielle, nommé Open AI ? Ne propose-t-il pas, à chaque nouvelle voiture de sa marque Tesla, une IA de plus en plus poussée, capable aujourd’hui de conduire à la place de ses propriétaires, comme dans les films des années 1980-1990 ?

« J’ai des opinions assez fermes à ce sujet, lui a répondu Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, durant une émission en live sur le réseau social qu’il a lui-même créé. Je suis optimiste. Les gens qui sont opposés à cette technologie et qui essayent de propager ces scénarios apocalyptiques, je ne les comprends pas. C’est vraiment négatif et à certains égards, je pense que c’est plutôt irresponsable. (…) Par exemple, l’une des principales causes de décès pour les personnes est encore les accidents de la route, et si vous pouvez l’éliminer avec l’IA, cela va être une amélioration spectaculaire ! »

Réponse d’Elon Musk, quelques jours plus tard sur Twitter ? « J’ai parlé à Mark à ce sujet. Sa compréhension de la question est limitée. » Cinglant !

« Pas de panique » selon Bill Gates

Mark Zuckerberg et Elon Musk n’en sont pas à leur premier désaccord public. Déjà, quelques semaines plus tôt, ils s’étaient écharpés sur l’échec du lancement de SpaceX. Pour quelques mots d’apaisement, c’est donc vers Bill Gates, fondateur de Microsoft, qu’il faut se tourner.

« Le prétendu problème de contrôle dont s’inquiète Elon n’est pas quelque chose que les gens devraient ressentir immédiatement, assurait-il dans une interview accordée au magazine WSJ. Nous ne devrions pas paniquer à ce sujet. » Même son de cloche chez l’un de ses successeurs chez Microsoft, Satya Nadella : « Le principe fondamental de l’intelligence artificielle qui nous guide à ce stade est le suivant : comment parions-nous sur les humains et améliorons-nous leurs capacités ? Il y a encore beaucoup de décisions de conception qui sont prises, même dans un système d’auto-apprentissage. Je pense que nous pouvons encore faire beaucoup de choses pour façonner notre propre avenir. Au lieu de penser, « Cela va nous arriver », le contrôle est un choix. Nous devrions essayer de garder ce contrôle. »

L’Intelligence artificielle n’a pas fini de provoquer le débat entre entrepreneurs, politiciens, techniciens et citoyens. Elle n’en reste pas moins pleine de promesses… à condition, sans doute, de garder le contrôle. Là encore, la pondération semble être la clé d’un avenir meilleur !