Le Quatre Heures : « en journalisme, avec le numérique, on peut expérimenter plus facilement »

Le Quatre Heures : « en journalisme, avec le numérique, on peut expérimenter plus facilement »


(temps de lecture : 5 minutes )

 

Entretien avec Charles-Henry Groult, directeur de la publication, qui nous parle de stratégie, de campagnes de crowdfunding et des avantages à être un pure player.

Le Quatre Heures, c’est quoi exactement ?

Le Quatre Heures est un magazine en ligne long format. C’est-à-dire que nous publions exclusivement des reportages longs formats, agrémentés de contenus multimédia comme des images, des vidéos ou des sons. Au départ, nous faisions des reportages en France et à l’international mais suite à une enquête auprès de nos lecteurs pour connaître leurs attentes, nous avons décidé de nous concentrer uniquement sur la France. Le Quatre Heures est donc un site qui raconte la France d’aujourd’hui, en prenant des sujets de société et en allant sur le terrain rencontrer les gens.

Combien de personnes font partie de l’équipe ?

Nous sommes 7 au sein de la rédaction, dont deux présents quotidiennement. Nous travaillons également avec de pigistes et à côté, chacun de nous a un emploi dans un autre journal.

Par rapport à votre formation, avez-vous tous une spécialité web ?

Pas du tout, en revanche nous avons tous suivi une spécialisation en multimédia. Mais par exemple Amélie, qui est la rédactrice en chef, n’était à la base pas forcément attirée par le web mais a fini par y prendre goût.

Vous avez récemment fait une campagne de crowdfunding. Quel était l’objectif de cette levée d’argent ?

L’objectif de cette campagne de crowdfunding était de pouvoir faire une nouvelle version de notre site qui serait compatible avec les smartphones, c’est une opération assez coûteuse et aujourd’hui tout l’argent généré grâce aux abonnements sert à financer les reportages. Actuellement, ceux qui lisent le Quatre Heures le font soit sur ordinateur soit sur tablette. Mais il ne s’agit pas seulement de rendre notre site plus attractif et mobile, il va aussi falloir repenser le système de paiement pour que tout soit 100% compatible avec les smartphones.

Les campagnes de financement sont assez courantes en ce moment mais c’est malgré tout assez rare dans les médias. Comment cela a-t-il été accueilli par vos lecteurs ?

La campagne a été bien accueillie et nous avons réussi à dépasser notre objectif de financement qui était de 10 000€. Nous avons d’ailleurs eu beaucoup de petits montants laissées par la plupart de nos abonnés.

Y a-t-il une grosse différence entre le journalisme print et le journalisme numérique ?

Sur le fond, il n’y a pas de différence. Le métier reste le même, à savoir enquêter et informer. En revanche, avec le numérique, on peut expérimenter pas mal de choses plus facilement ! Les articles peuvent évoluer, on peut les modifier après publication ou rajouter une partie si on a besoin de l’enrichir.

D’un point de vue personnel, je pense que le numérique a fait du bien à la presse, cela a permis de réinventer un peu notre façon de travailler et de tester de nouveaux formats d’articles, de nouveaux styles d’écriture et d’utiliser l’ensemble des ressources multimédia existantes. Ça a donné un bon coup de fouet et il d’ailleurs possible de se servir de cette expérience numérique pour améliorer l’expérience sur papier. D’ailleurs, il est tout à fait possible qu’un jour une version papier du Quatre Heures soit disponible, c’est un format auquel nous avons déjà pensé.

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Est-ce plus facile d’échanger avec les lecteurs quand on est un pure player ?

C’est différent. Évidemment, c’est plus facile de discuter grâce aux réseaux sociaux, de donner des rendez-vous, mais nous faisons quand même beaucoup d’échanges “réels”. Par exemple, nous organisons un mercredi par mois un apéritif sur le lieu du dernier reportage pour pouvoir discuter avec tous ceux qui ont apporté leur contribution à l’article mais aussi avec ceux qui nous suivent, les abonnés, etc. On veut conserver ce côté humain.

Ce que nous voulons, c’est davantage avoir une véritable communauté autour de nous qui nous suit, parle avec nous, nous propose des sujets plutôt que des abonnés classiques.

On parle de plus en plus de long format, est-ce une mode ou une véritable envie de la part des lecteurs et des journalistes d’avoir accès et de proposer un contenu différent ?

C’est vrai qu’on revient pas mal au long format ces derniers temps. Il y a deux ou trois ans, certains gros sites d’information ont voulu se lancer dans ce type d’article mais le modèle économique est assez difficile à trouver. Le problème est que ces médias avaient l’habitude de rédiger un grand nombre d’articles par jour pour générer du trafic et toucher des revenus publicitaires et cette approche est difficilement compatible avec le format long. J’ai tendance à poser que les formats courts sont basés sur du trafic pour vendre de la publicité alors que le format long est basé sur de l’abonnement. Du coup, ils le font davantage pour valoriser leur image de marque, sans véritable stratégie derrière. Mais cela nous arrange, ce serait difficile pour nous d’exister si tous les grands médias historiques se mettaient au long format.

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Que pensez-vous de certains blogs orientés long format comme Médium ? Est-ce généralement un signe de qualité ?

Je ne pense pas que format long soit synonyme de qualité. Il faut savoir trouver le bon dosage, et même si cela paraît paradoxal être capable d’être long et concis à la fois. De plus, tous les sujets ne nécessitent pas d’avoir recours au long format. Le risque d’étendre les articles au maximum pour faire du long format entraîne un risque de dilution de ce type d’articles et on finit par, tout comme les articles courts, lire en diagonale.

Pour prendre l’exemple du Quatre Heures, nous faisons très attention aux sujets que nous choisissons et nous demandons toujours s’ils méritent un article long format. Après, c’est une question de rythme, il faut savoir jouer avec les titres et les contenus multimédia. Nous avons aussi constaté que les articles de moins de 3500 signes fonctionnent bien, ceux de plus de 7500 signes également, mais qu’entre les deux on a du mal à retenir l’attention du lecteur. Pour notre part, nous oscillons entre 15 000 et 20 000 signes par article et certains lecteurs trouvent que c’est trop court !

Quels sont les futurs projets du Quatre Heures ?

Nous allons sortir la nouvelle version du site début 2017, avec la compatibilité smartphone. Nous espérons également continuer d’augmenter le nombre d’abonnés et atteindre la rentabilité afin d’avoir plusieurs personnes à temps plein au sein de la rédaction. Actuellement, on se fait connaître via les réseaux sociaux et le processus est assez long, on espère donc aussi recruter quelqu’un qui s’occupera de toute la partie communication.

Et bien évidemment, nous allons continuer de parcourir la France et de proposer des reportages long format !


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