Willy, fondateur de la Coding School, partage sa vision sur la transformation numérique

Willy, fondateur de la Coding School, partage sa vision sur la transformation numérique


(Temps de lecture : 8 min) 

Après 15 années passées dans l’univers de la communication et du développement web, il a fondé la Coding School. Nous l’avons interrogé sur sa vision de la transformation numérique et la collaboration entre les grands groupes et les startups.

 

Qu’est-ce que La Coding School ?

Willy Leloutre : J’ai ressenti le besoin de mettre mes compétences au service de l’intérêt général et de construire l’avenir. Soucieux autant d’efficacité économique que du Bien commun, à travers la Coding School j’oeuvre à bâtir un projet d’utilité sociale, à associer des partenaires de tout horizon, à m’engager durablement, à développer une nouvelle aventure collective.

La Coding School, n’est pas une école d’informatique ! C’est une société coopérative propulsée par 75 co-acteurs, qui cultive la créativité dès le plus jeune âge, sur toute la chaîne éducative et tout au long de la vie. C’est un réseau social et solidaire, œuvrant à créer le nouveau socle commun numérique. Labellisée Grande école du Numérique par le gouvernement, nous construisons des zones d’expérimentations pédagogiques et technologiques en Normandie, en Ile de France et à l’étranger. Nous apportons dans l’éducation un croisement entre entreprises, centres de recherches, et autres acteurs de la médiation numérique sur le territoire.

Notre approche de « Living Lab » a pour objectif de comprendre l’impact du numérique dans notre éducation, et toutes les résonances cognitives qui en découlent. Cette expérimentation sur le terrain nous permet d’accompagner les acteurs de l’éducation, enseignants, formateurs, animateurs, médiateurs, … dans leur montée en compétence en matière de technologies numériques. Sur toute la chaîne éducative et tout au long de la vie, nous évoluons également dans le monde professionnel, pour accompagner tout individu face à l’accélération du monde, jusqu’au marché de la Silver économie.

A la Coding School, nous œuvrons pour « apprendre différemment », faire des personnes créatives, militantes, car dans notre nouveau monde, les consommateurs deviennent des acteurs.

On entend très souvent parler de transformation numérique. Selon toi, quelle réalité cette expression désigne-t-elle ?

L’adoption des usages et des technologies est exponentielle ! Pour ou contre, c’est un fait économique mais aussi une transformation sociétale profonde. Tout est bousculé : notre rapport à la consommation, à la communication, au travail, à l’information, aux paiements, à nos déplacements, mais aussi à la démocratie, au vivre-ensemble…

Par conséquent, le concept de transformation numérique laisse place à un flou artistique incroyable. De quoi parlons nous ? Un accès au Cloud bon marché ! ? De l’Open source ? De nouvelles technologies facilitant la circulation de l’information (Slack, FrontApp, Intercom…) ? L’importance d’aller vers l’intelligence artificielle pour augmenter certains process ?  …

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Comment répondre à ces besoins ? Des séances de Design Thinking ? La formation des dirigeants ? Des employés ? Des POCs “Proof of Concept” ?

La réalité c’est que nous avons tendance à surestimer ce qu’il se passera dans les deux prochaines années, et ironiquement à largement sous-estimer comment sera fait la prochaine décennie. Le monde change, nous devons nous préparer à cela, nous ne parlons pas d’effet de mode ou de buzzword, il faut agir maintenant, redonner confiance, rassurer, apporter des compétences, et une vision sur cette transition numérique.

Il n’y a pas de recette magique, chaque organisation, projet, humain, aura besoin d’un accompagnement adapté, et continu.

Comment les grands groupes font-ils rentrer les nouvelles technologies dans leurs organisations ?

Difficilement je trouve ! Voici des phrases récurrentes de mes clients : “Le Cloud à ses avantages mais mon bâtiment n’est pas éligible à la fibre”. “Les technologies sont là mais mes employés ne pourront pas les utiliser, ils ne sont pas prêts !” “La DSI me dit que ce n’est pas possible en vue de notre architecture actuelle”, etc…

Les grands groupes sont très différents, certains commencent à exploiter les technologies en interne, petit à petit sur toute la chaîne de valeur de l’entreprise, d’autres en externes pour la communication et relation client. Faire rentrer les nouvelles technologies dans un grand groupe reste complexe, réalisé sous réserve d’accord d’une RH en tension, d’une DSI craintive de la perte de contrôle de son pré carré.

La vérité est que la “lourdeur” potentielle et légitime d’un grand groupe le pénalise face à une concurrence qui vient de toute part. Le poids d’une entreprise ne se mesure pas simplement sur sa masse salariale, et tout acteur peut rapidement se faire concurrencer par des challenger nouveaux nés dans l’aventure entrepreneuriale.

La course aux technologies est un combat de tous les jours, même pour un grand groupe, avec pour objectif performance et rentabilité. L’intégration des technologies se fait bien souvent sur des business units isolées, puis sera plus ou moins généralisée après avoir fait preuve de concept.  

Quel est l’intérêt des grands groupes à collaborer avec les startups ?

De plus en plus de grands groupes sont confrontés aux enjeux de la transformation numérique mais n’ont pas l’agilité nécessaire pour s’adapter à la vitesse de l’innovation. Celle-ci émane beaucoup des start-ups. Les grandes entreprises ont donc tout intérêt à travailler étroitement avec les start-ups, pour casser la lourdeur liée à la taille de l’organisation. L’open innovation et l’open source permettent aux ETI-GE de travailler de manière sectorielle avec des écosystèmes de TPE-PME, d’écoles, voire leurs propres clients pour définir les prochaines innovations à réaliser.

Le second intérêt vient également du fait que les innovations peuvent surgir de toutes parts. Créer sa propre concurrence en ouvrant ses données et/ou part de marché est une stratégie qui fait sens pour créer un nouveau business model basé sur la vente de données, voire même racheter directement les startups à succès.

Enfin, la collaboration entre un grand groupe et une startup reste une expérience très enrichissante pour chaque acteur, à partir du moment où le groupe adapte ses process et permet à la startup de collaborer sans repenser totalement son organisation.

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Quelles formes ces collaborations prennent-elles ?

Appels à projets, actions diverses (Hackathons, ateliers de Design thinking), prise de participations aux capitaux, “joint venture”, … je ne pense pas qu’il y ait de solution plus adaptées que d’autres. L’alchimie permettant à une startup de se développer sous l’aile d’un groupe, puis de reprendre sa liberté reste relativement floue. Certains savent peut-être mieux s’y prendre que d’autres, je pense que le danger reste la crainte du groupe incitant à détenir une exclusivité sur les services de la startup, la bloquant pour développer son marché parallèle, ayant pour effet de créer une dépendance totale au groupe, pouvant aller jusqu’à la fermeture de celle-ci en cas de divorce !

Aurais-tu 2 ou 3 exemples de collaborations réussies à nous donner ?

Je pense à Natixis, acteur de l’épargne salariale en France. La filiale régionale Normande accompagne d’ores et déjà ses agents dans le cadre de la transformation digitale de leur entreprise. Le groupe s’allie avec des acteurs régionaux en capacité à les accompagner, que nous parlions d’innovation ou de formation, et tend à évoluer vers une transition numérique socialement responsable.

Un grands nombres de groupes se lancent dans la course aux partenariats avec les startups. Attention à l’effet de mode, les startups et les groupes non préparés à cela risquent de se brûler les ailes très rapidement. Le bon partenariat ne passe pas uniquement par l’intérêt économique, mais avant tout par le partage de valeurs fondamentales.

J’en viens à une autre idée qui nous tient à coeur à la Coding School avec notre partenaire Génération 2, c’est d’associer des acteurs non lucratifs à ces éco-systèmes innovants. Parce que la digitalisation du monde ne doit pas s’opérer sans une grande responsabilité et une grande vigilance sur la place donnée au lien humain, il nous revient de programmer le numérique et de former ses usagers pour favoriser l’égalité des chances. Les acteurs associatifs peuvent permettre de garantir un accès égalitaire aux savoirs et services, et à laisser plus de place aux activités porteuses de partage, de démocratie, de durabilité et d’épanouissement. Il faut donc eux aussi les faire monter en compétences.

Nous avons donc créé un module de formations croisées pour accompagner la transition numérique et citoyenne des organisations. Cette transformation croisée, partagée, autour d’un objectif commun, permettra, nous l’espérons, à l’entreprise et à l’association contributrice d’être des vigies en miroir et de garder en vue l’essentiel : le progrès numérique ne peut se faire qu’au bénéfice de ses utilisateurs. Avec eux, pour eux et en considération de leur environnement naturel et humain.

Aurais-tu des conseils à donner pour que ces collaborations se passent au mieux ?

Expérience faite, il faut absolument que le groupe mette à disposition une équipe projet adaptée à la startup. Une organisation de gestion du projet simplifiée, voir isolée des process habituels mis en place par celui-ci. Il faut gamifier et challenger la production ! Pour conclure, une citation de Winston Churchill : « Ne pas avoir peur de l’échec, car le succès c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme« .


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